Mémoire de la boue

Le 11 novembre 2017,

Quatre-vingt dix-neuf ans

Presque un siècle déjà que la glaise vous broie
à Perthes-Lès-Hurlus où ton ombre s’efface
dans le silence lourd du bronze et de l’effroi

De vos amours perdus le vent ne se résigne
qu’à porter jusqu’à nous une plainte muette
enterrée affolée mais à jamais étreinte

Cette effarante danse aux sombres épitaphes
écrites en lettres d’or et de sang qui se glace
à épeler vos noms de marbre sur nos places.

De vos vies sacrifiées ne restent que des croix.

À Ferdinand Montet ; Orliaguet 24/11/1881 ; Perthes-Lès-Hurlus 18/2/1915

Au fil de l’eau…

 

Je voudrais écrire un mot, comme ciselé de subtile magie et au pouvoir plus grand qu’un ancien volcan.

Dans ce mot, j’y mettrai la douceur bleutée des lagons, perles de rêve à l’abri des tempêtes ; j’y mettrai la beauté froide et minérale de ces montagnes en équilibre au dessus de l’abîme n’attendant qu’une main pour les prendre; la lente détermination du fleuve qui se rit des vent contraires et finit toujours par se fondre dans la mer.

Du désert et de ses errances je ferai un drapeau à jeter à tes pieds au soir de ma défaite.

Je reviendrai alors au bord de L’Enéa et j’y regarderai, dans cette eau à la beauté intacte d’un premier cri, le jeu souple et joyeux d’une truite dans le courant, et là comme dans un miroir à la lucidité brute, j’y verrai révélé à mes yeux seuls le reflet nu et sans rêves de mon visage tel qu’en lui-même.

Je pourrai alors, une dernière fois, coller mes lèvres au jet régulier et glacé de cette source qui flue au travers des rochers au plus chaud de l’été et y boire de longues gorgées, aussi profondes que l’oubli.