En guise d’introduction…

A la ville de Sarlat

Mercredi, jour de marché sur la place de Sarlat.

Les hordes de touristes ont reflué vers leurs mystérieux havres d’hivernage et hormis de rares anglo-saxons égarés ça et là tout est normal. La place est quasi déserte et Sarlat s’apprête à s’enfoncer dans sa torpeur hivernale. Le festival du cinéma terminé et les cohortes de lycéens boutonneux et badgés qui l’accompagnent évaporées, lentement, inexorablement, avec la fatalité d’un Titanic ayant embrassé son Iceberg, Sarlat s’enfonce dans sa torpeur toute hivernale.

Dire qu’il va falloir survivre une fois de plus au lent égrenage de ces jours si courts dans la grisaille des crachins froids ou dans la lumière tranchante des petits matins de givre par dessus les brumes de la vallée.

Dordogne, le va-et-vient des fausses gabarres s’est arrêté et tu es revenue, l’espace d’une saison, à la rame calme et leste d’un pêcheur guidant sa barque au jeu de tes courants.
Ici, l’hiver, tout semble ce qu’il a toujours semblé. Sauf peut-être : un peu moins de paysans, un peu plus de vieux (et pourtant il en meurt tout le temps et il n’en naît jamais) et les ouvriers sont petit-à-petit remplacés par des chômeurs au gré des fermetures d’usines. Tout va bien et pourtant, malgré la Corrèze toute proche, il y a comme un léger parfum de fin de règne dans cette Chiraquie vieillissante. Pas ce frais parfum d’humus qui annonce le cèpe et la girolle, non non. Plutôt le parfum putride de ces vases croupissantes que vient réveiller la botte en s’en extirpant, dans le fond d’une combe fangeuse à l’ombre d’un sous-bois.

Sarlat est un point fixe dans un monde en mouvement. C’est un observatoire apparemment détaché du monde qui l’entoure mais dont les soubresauts l’effleurent à la manière d’une pierre ricochant à la surface de sa rivière, ne laissant derrière elle que des vagues éphémère que la mémoire du courant emporte, peut-être, jusqu’à la mer.