Echange


C’est pas forcement évident d’aimer…
D’aimer ce trajet….
Ce pilote qui navigue dans le blizzard à la recherche de la chaleur et de la douceur de l’amour…
C’est pas forcement évident de reconsidérer sa façon d’aimer…
De redonner chance à la vie, de redonner chance à l’envie…
Peut-être que c’est pas si compliqué au fond…
Il suffit d’en parler….
Et puis moi j’aime les trajets qui nous donnent le temps de réflechir…
De faire le point…
Comme si physiquement on se déplace et intellectuellement aussi…
On parcourt parfois de longues distances dans nos âmes………….

Fabien Volta

Merci pour ce post plein de richesse et de sensibilité, Fabien.

Il me donne envie de rebondir dessus et de laisser les mots s’envoler et remplir cet espace traversé hier comme une épreuve et déchiré d’un trait d’espoir comme d’un coup d’épée.

Cette route à travers Lorraine et Champagne aux innombrables cimetières de croix blanches sous un soleil de février constellé de givre était comme une régénérescence à la vie et à l’amour qui ne peuvent être riches que dans leur complexité…

Montait alors en moi une irrépressible envie de pouvoir hurler ce bonheur et cette douleur intimement mélés en un sentiment d’une profondeur insondable et inouïe face au lent moutonnement des collines à perte d’infini et dont le mol balancement donnait l’impression de recouvrir d’un lourd manteau d’oubli je ne sais quelle gigantesque contrée mythique et belle d’un amour enseveli pour les siècles à venir…

Néphrétique’s blues

Ça n’est pas un espèce de regret ou de nostalgie qui m’amène ce matin à prendre le café dans le hall de la Gare du Nord dans laquelle une voix monocorde égrène, comme un clin d’œil au moment oú j’y pénètre, la longue liste des gares que le Thalys dessert jusqu’à Liège. Le fait qu’il poursuive son voyage jusqu’à Aachen ne revêt à mes yeux strictement aucune d’importance, Liège est un terminus qui se suffit amplement à lui-même…

La nuit dernière a commencé, je peux le dire ce matin avec le recul nécessaire, avenue Louis XIV à Lille à deux heures de l’après-midi. Le mal au dos qui m’a chassé de la capitale chtie s’est révélé, au fil des kilomètres parcourus dans une souffrance grandissante, être une crise de calculs rénaux qui, après une première halte à l’hôpital de Senlis et un passage éclair dans une tour dominant le canal de l’Ourcq oú se jouait une partie de fête cosmopolite et bruyante dans laquelle dominaient l’espagnol et l’italien, m’aura permis de trouver en le service des urgences de l’hôpital de la Riboisière une auberge pour la nuit.

La douleur enfin diluée dans les perfusions d’antalgiques j’ai pu trouver, à une heure avancée de la nuit qui n’aurait pas fait rougir un noctambule qui se respecte, un sommeil court et doublement réparateur car le calcul qui me bloquait le rein gauche en aura profité pour s’échapper par un uretère enfin décontracté. Je dois avouer humblement que rarement au cours des quelques quarante-trois ans précédent ce matin une envie d’uriner m’a apporté une telle satisfaction et c’est le rein léger et le cœur en fête que je me suis échappé ce matin de l’hôpital et que me voici en train d’achever au buffet de la Gare du Nord voisine un petit déjeuner qui vient clore, du moins je l’espère, l’épisode douloureux commencé dans une avenue de Lille…

Location:Rue La Fayette, Paris

Hiver…

Peu importe le sens dans lequel on le retourne, l’hiver est une saison vide, triste et dure pendant laquelle la nuit étend son emprise sur le temps ainsi que dans les cœurs qui battent au ralenti dans nos poitrines et attendent le printemps.

Les matins de cristal inondés de couleurs dans l’air aussi tranchant que le fil d’un rasoir sous un soleil froid dont la caresse ne parvient qu’à grand peine à chasser la brume des vallées, jamais à effacer la griffure du vent du nord sur nos visages engourdis, ne sont qu’autant de leurres jetés à nos regards aveugles et fous.

Seule, peut-être, parvient à l’éclairer la douce chaleur d’un regard et d’une main amis, dans la beauté d’une étreinte partagée comme une revanche sur l’ombre qui, partout, étend son noir manteau sur ces paysages endormis, recroquevillés et soumis.

Alors de cette étreinte, de cette main qui s’attarde en un frisson et s’épanouit en une caresse pourra renaitre la promesse sans fin renouvelée d’une vie qui s’ouvre, fleurit et répand son parfum indicible et prégnant…

Une note de blues…

Foudre

Je suis de la race des Don Quijote, l’inutile est ma vertu, le dérisoire est ma parure et mes combats relèvent du burlesque. Je suis l’eau calme et paisible d’une retenue de troncs et de rochers qui attend sa débacle. Enfant déjà je ne voyais dans un soleil fatigué tombant sur l’horizon que l’agonie d’un jour que j’aurais voulu prolonger jusqu’au plus profond de mes nuits si vides qu’elles résonnaient du creux de mes absences.

Jadis, j’ai pu croire qu’il aurait pu n’y avoir de salut que dans une fuite illusoire et facile. Miroir en trompe l’oeil, je n’ai trouvé au fin fond des pampas que l’image ternie et délavée de mes anciennes déroutes pour mieux les reproduire, ainsi en allait-il de ces rêves récurrents qui venaient hanter les nuits de mon enfance. Il me reste aujourd’hui l’éclat doux d’un regard, la marque profonde dans ma chair de la légèreté de ces caresses alors que, dehors, ne cessait de pleurer l’automne des Ardennes.

Je n’attends de la vie que le geste sans cesse renouvelé de l’amour dans une explosion de plaisir partagé avec celle qui aura eu le courage, ou la folie, de me suivre sur le chemin étroit et sinueux d’une vie en partage. Il me suffirait donc espérer et attendre la venue d’une aube qui, même à l’issue de la plus froide des nuits, finit toujours par se lever et balayer d’un éclat de lumière la somme des peurs et doutes amoncelés.

Déjà, je la vois poindre…

Vent du sud

Depuis hier midi un vent du sud chargé pour moi et depuis peu d’une émotion nouvelle balaye le piémont pyrénéen. L’hiver semble, sous la vigueur de son souffle chargé de tous les parfums d’Espagne, avoir fuit vers le nord, en des contrées plus ouvertes à ses frimas, et aujourd’hui s’ouvre comme une journée de printemps douce et ensoleillée…

Tu n’as jamais pu
résister

à l’appel du vent du Sud
du vent d’Espagne

à ses promesses
à la caresse de son souffle tiède sur ta peau
à son frisson

et ta course aux herbes folles
tous tes cheveux dehors
il me suffit de fermer les yeux pour la voir

et l’entendre

et sentir encore une fois l’odeur de la prairie
cette odeur forte de grillons aux graminées sauvages

cette odeur forte
en attendant la faux