Biarritz…

Le Pays-Basque, de la côte aux montagnes de la Soule, fut le métronome régulier d’une enfance lumineuse et joyeuse.

Je n’y repasse jamais sans un petit pincement au cœur, une joie mêlée de cette nostalgique tristesse que caresse des sourires bienveillant sur ces petits matins de la vie qui s’éloignent sans perdre de leur lumineuse clarté.

Seuls s’estompent, dans un éblouissement doux, les détails et les angles de ses lointaines journées.

Chaque lieu y porte, inscrit en une indicible et évanescente permanence, la trace invisible et néanmoins prégnante d’un instant, d’un sourire, d’une main tendue ou de ces bras ouvert dans lesquels l’enfance se jette en riant.

Se jette en riant sans pouvoir imaginer, qu’un jour, pas si lointain, ils ne sauront étreindre rien d’autre que le vent…

Mathématiques

Les mathématiques sont une langue et, comme toutes les langues, elles possèdent cette beauté intrinsèque et muette , cette poésie immanente qui se déploie en périphrases improbables et ébranle le mur de nos certitudes pour reconstruire les édifices de notre raison.

Suicide

Lorsqu’il pressa la détente, il n’eut qu’à peine le temps d’esquisser un doute sur la pertinence de son acte. Il était déjà trop tard. La balle pénétra le cerveau en fracassant la mâchoire, y traça un sillon de fumée et ressorti, faisant basculer la tête en arrière et voler le crâne en éclats. Il s’affaissa et resta prostré sur sa chaise, figé dans l’équilibre douteux d’un ivrogne que le sommeil aurait pris là, par surprise devant son verre, mais sans l’abattre. Par l’enchantement de 30 grammes de métal propulsés avec fracas à la vitesse d’un supersonique, ses problèmes abolis, il pouvait enfin se laisser aller à ne plus penser à rien, bien que ne devant en tirer aucun autre soulagement que celui, fugace, qui avait immédiatement précédé l’instant précis où il avait perdu la vie. Le sentiment irrémédiable de la perte de tout ce qu’il avait été, il ne le sentirait jamais, laissant aux autres le soin de s’en accommoder. Avec sa dépouille il leur laissait ses différentes tenues de circonstances et n’emportait avec lui et dans le plus grand secret que l’essence de ce qu’il avait pu être, dans son intégrité.

Il y avait dans cet acte simple et définitif, le simple aveu d’une défaite.

En faisant face au large…

Parfois il est si bon de ne rien faire…

J’ai rêvé aux marges abruties d’un désert sans paroles
où l’absurde le disputerait à l’insignifiant
dans une lutte sans le moindre fondement.

Ma seule consolation, c’est que l’ignoble n’y avait pas sa place,
lui qui ne s’est jamais contenté d’une quelconque marge…

Aimer, et si c’était seulement ça :

S’en aller à deux à la recherche de l’improbable floraison d’une fleur incertaine,
que tout le reste n’était que vent et passe,
ne laissant que le souvenir d’un frisson sur le sable.

Aussi l’important n’est peut-être que s’asseoir et écouter le bruit du monde,
sa rumeur, comme le doux et lourd chant de l’écume.

Cette respiration sourde de l’océan…

 

Vibration

Je voudrais le pouvoir de dire
de mots simples,

de mots définitifs

tels des marches sommaires
taillées dans le granite,

combien,
seule,
une infime vibration

portant en son sein l’espoir
( un peu fou j’en conviens )
d’entrer en résonance

suffit à révéler

l’incandescente beauté des choses…