Super, la crise est là ! (1)

Pendant que le Sarladais s’enfonce dans les frimas d’un hiver qui s’annonce précoce, le monde capitaliste s’enfonce dans une crise qui s’annonce sans précédent dans l’Histoire. Les dégâts sont déjà là et se comptent en milliers de travailleurs jetés sur le carreau pendant qu’un hold-up inédit à vu transférer des centaines de milliards d’euros et de dollars des poches de la communauté vers les portefeuilles des actionnaires des grands groupes financiers dont quelques dirigeants ont pu se constituer des confortables parachutes en or massif. Il n’y a aucune illusion à se faire, et ces milliards détournés pour « sauver » les banques et autres organismes de crédit se traduiront fatalement par une baisse d’autant des investissements publics, ils ne pourront qu’alimenter la récession qui s’annonce et se paieront rubis sur l’ongle en faillites de PME et charrettes de licenciements massifs en attendant le prévisible effondrement du système monétaire. Quand on regarde la catastrophe a laquelle a abouti la crise de 1929, précipitant le monde dans une guerre mondiale qui a fait sur la planète une centaine de millions de victimes, les mois qui s’annoncent sont lourds de menaces malgré la défaite électorale aux États-Unis des néo-conservateurs.

C’est dans ce contexte très particulier que se tient un congrès du Parti Communiste dont l‘enjeu n’est rien moins que la survie à (court ?) terme sinon d’un parti communiste en France, pour le moins du parti communiste historique. En effet, et malgré le maintien d’une certaine implantation locale dans ce que l’on peut appeler ses bastions traditionnels, son influence électorale a atteint, avec moins de 2% aux dernières présidentielles et la perte de son groupe autonome au Parlement à l’issue des législatives qui ont suivies, un record historiquement bas et ne peut que laisser à penser que nous sommes au bout du processus historique débuté en 1944 bâti sur l’illusion qu’il était possible de dépasser le capitalisme par une prise de contrôle de l’État dans le cadre des institutions, seul puis en alliance avec d’autres formations qualifiées de progressistes, et en s’appuyant sur un mouvement populaire fort. Cette illusion a pu être le moteur qui a permis le programme commun et dont le point critique fut sûrement les législatives de 1978 au cours desquelles l’union de la gauche a frôlé la majorité parlementaire en portant l’aspiration à la construction d’un « socialisme à la française ». Elle a nourri en retour une autre illusion dans les classes populaires, celles que le contrôle des institutions par les partis de gauche était la condition nécessaire et suffisante de ce que l’on appelait alors le « changement », terme dont il est remarquable de constater comment il peut être vide de tout contenu politique. Cette illusion retour explique le désarmement du mouvement populaire qui était allé en se renforçant dans les années 1970 dès lors qu’en 1981 la victoire de Mitterrand et l’élection législative qui suivait assuraient le contrôle par la gauche du Parlement et de l’exécutif.

Ayant perdu le leadership au sein des partis de gauche et entrant au gouvernement sur la base de l’application des « 110 propositions » du candidat Mitterrand dont on sait ce qu’il en adviendra,  le Parti Communiste perdit avec son rôle de moteur et ainsi sa capacité d’offensive pour se retrouver sur une position purement défensive, chose inédite dans son histoire, face à la déferlante libérale accompagnant la mondialisation capitaliste et dont toutes les dimensions ne semblent pas être appréhendées dans la compréhension des bouleversements du monde auxquels nous assistons, mais j’y reviendrai. Cette perte de sa position offensive, aggravée peu après par les ondes de choc de l’écroulement des pays socialistes européens puis de l’URSS qui avait été son référent idéologique depuis sa création en 1920, a conduit le Parti Communiste à se replier sur la survie des structures administratives héritées des années 1970 et à chercher à tout prix à sauvegarder au maximum son poumon financier, le reversement des indemnités de ses élus. C’est alors que derrière une tradition révolutionnaire affirmée, au moins dans le nom, il est devenu roue d’appoint à la social-démocratie jusqu’à l’accompagner dans le remodelage libéral de la société et à perdre toute crédibilité aux yeux de son vivier électoral naturel, l’électorat populaire.

Pendant ce temps, la bourgeoisie opère à marche forcée la transformation de la société : l’exploitation se renforce par l’allongement du temps de travail, la destruction du Code du travail et la remise en cause des retraites et de la sécurité sociale pendant qu’un véritable carcan répressif se met en place, justifié par la somme des peurs sociales alimentées par le pouvoir Sarkozyste, les médias aux mains de la bourgeoisie et l’implication de la France dans la guerre impérialiste menée en Afghanistan. C’est dans ce contexte qu’est posé au Parti Communiste un nouveau défi historique et le grand parti qui a su impulser les grandes conquêtes sociales qui ont modelé la France du siècle dernier saura-t-il devenir le grand parti révolutionnaire du siècle qui s’ouvre et dessiner des perspectives porteuses de combats victorieux de notre peuple contre sa bourgeoisie et susceptibles d’ouvrir la voie à une transformation révolutionnaire de la société. J’entends par là une transformation en profondeur des rapports de propriété des moyens de production pour en finir avec les rapports d’exploitation, l’aliénation inhérente et avancer vers cette libre association des producteurs en ligne de mire de la visée communiste.

Au coeur de la mutation libérale de la société se dessine une bataille idéologique de longue haleine menée et provisoirement gagnée par la bourgeoisie à l’issue d’un quart de siècle de renoncement dans les faits par le Parti Communiste de porter l’exigence d’un changement de mode d’organisation de la société au coeur du débat politique, tout englué qu’il se trouve dans sa position défensive et dans l’exigence pour la survie de ses structures administratives d’accepter des accords électoraux à tout prix avec un Parti Socialiste dont la seule visée politique n’est que détourner les aspirations populaires afin qu’elles s’enferment dans un vote de réaction face à l’outrance des attaques menées par la droite, pour finalement poursuivre le remodèlement libéral de la société. C’est dans ce contexte que le Parti Communiste se trouve à la croisée des chemins, et le choix se résout à une alternative. Soit achever sa mutation et tenter d’occuper le terrain social-démocrate dégagé par le glissement du Parti Socialiste vers le centre droit et laisser le terrain libre au Nouveau Parti Anticapitaliste qui entend bien l’investir, soit devenir un parti communiste moderne, ancré sur les réalités de la société et capable d’élaborer une stratégie révolutionnaire afin de contribuer à faire grandir dans notre peuple les luttes contre les ravages du capitalisme et les faire converger en une exigence populaire de transformation sociale dont les contours ne pourront être dessinés que par le mouvement social lui-même et dont il serait pleinement un acteur décisif. L’enjeu est de taille, la tâche peut paraître immense, mais elle est à l’image du champ libre ouvert par la crise qui s’ouvre, dont les dégâts déjà annoncés sont considérables et dont on ne mesure peut-être pas l’ampleur des bouleversements sociaux profonds que risque d’engendrer le processus dans lequel on s’est engagé.

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