Super, la crise est là ! (1)

Pendant que le Sarladais s’enfonce dans les frimas d’un hiver qui s’annonce précoce, le monde capitaliste s’enfonce dans une crise qui s’annonce sans précédent dans l’Histoire. Les dégâts sont déjà là et se comptent en milliers de travailleurs jetés sur le carreau pendant qu’un hold-up inédit à vu transférer des centaines de milliards d’euros et de dollars des poches de la communauté vers les portefeuilles des actionnaires des grands groupes financiers dont quelques dirigeants ont pu se constituer des confortables parachutes en or massif. Il n’y a aucune illusion à se faire, et ces milliards détournés pour « sauver » les banques et autres organismes de crédit se traduiront fatalement par une baisse d’autant des investissements publics, ils ne pourront qu’alimenter la récession qui s’annonce et se paieront rubis sur l’ongle en faillites de PME et charrettes de licenciements massifs en attendant le prévisible effondrement du système monétaire. Quand on regarde la catastrophe a laquelle a abouti la crise de 1929, précipitant le monde dans une guerre mondiale qui a fait sur la planète une centaine de millions de victimes, les mois qui s’annoncent sont lourds de menaces malgré la défaite électorale aux États-Unis des néo-conservateurs.

C’est dans ce contexte très particulier que se tient un congrès du Parti Communiste dont l‘enjeu n’est rien moins que la survie à (court ?) terme sinon d’un parti communiste en France, pour le moins du parti communiste historique. En effet, et malgré le maintien d’une certaine implantation locale dans ce que l’on peut appeler ses bastions traditionnels, son influence électorale a atteint, avec moins de 2% aux dernières présidentielles et la perte de son groupe autonome au Parlement à l’issue des législatives qui ont suivies, un record historiquement bas et ne peut que laisser à penser que nous sommes au bout du processus historique débuté en 1944 bâti sur l’illusion qu’il était possible de dépasser le capitalisme par une prise de contrôle de l’État dans le cadre des institutions, seul puis en alliance avec d’autres formations qualifiées de progressistes, et en s’appuyant sur un mouvement populaire fort. Cette illusion a pu être le moteur qui a permis le programme commun et dont le point critique fut sûrement les législatives de 1978 au cours desquelles l’union de la gauche a frôlé la majorité parlementaire en portant l’aspiration à la construction d’un « socialisme à la française ». Elle a nourri en retour une autre illusion dans les classes populaires, celles que le contrôle des institutions par les partis de gauche était la condition nécessaire et suffisante de ce que l’on appelait alors le « changement », terme dont il est remarquable de constater comment il peut être vide de tout contenu politique. Cette illusion retour explique le désarmement du mouvement populaire qui était allé en se renforçant dans les années 1970 dès lors qu’en 1981 la victoire de Mitterrand et l’élection législative qui suivait assuraient le contrôle par la gauche du Parlement et de l’exécutif.

Ayant perdu le leadership au sein des partis de gauche et entrant au gouvernement sur la base de l’application des « 110 propositions » du candidat Mitterrand dont on sait ce qu’il en adviendra,  le Parti Communiste perdit avec son rôle de moteur et ainsi sa capacité d’offensive pour se retrouver sur une position purement défensive, chose inédite dans son histoire, face à la déferlante libérale accompagnant la mondialisation capitaliste et dont toutes les dimensions ne semblent pas être appréhendées dans la compréhension des bouleversements du monde auxquels nous assistons, mais j’y reviendrai. Cette perte de sa position offensive, aggravée peu après par les ondes de choc de l’écroulement des pays socialistes européens puis de l’URSS qui avait été son référent idéologique depuis sa création en 1920, a conduit le Parti Communiste à se replier sur la survie des structures administratives héritées des années 1970 et à chercher à tout prix à sauvegarder au maximum son poumon financier, le reversement des indemnités de ses élus. C’est alors que derrière une tradition révolutionnaire affirmée, au moins dans le nom, il est devenu roue d’appoint à la social-démocratie jusqu’à l’accompagner dans le remodelage libéral de la société et à perdre toute crédibilité aux yeux de son vivier électoral naturel, l’électorat populaire.

Pendant ce temps, la bourgeoisie opère à marche forcée la transformation de la société : l’exploitation se renforce par l’allongement du temps de travail, la destruction du Code du travail et la remise en cause des retraites et de la sécurité sociale pendant qu’un véritable carcan répressif se met en place, justifié par la somme des peurs sociales alimentées par le pouvoir Sarkozyste, les médias aux mains de la bourgeoisie et l’implication de la France dans la guerre impérialiste menée en Afghanistan. C’est dans ce contexte qu’est posé au Parti Communiste un nouveau défi historique et le grand parti qui a su impulser les grandes conquêtes sociales qui ont modelé la France du siècle dernier saura-t-il devenir le grand parti révolutionnaire du siècle qui s’ouvre et dessiner des perspectives porteuses de combats victorieux de notre peuple contre sa bourgeoisie et susceptibles d’ouvrir la voie à une transformation révolutionnaire de la société. J’entends par là une transformation en profondeur des rapports de propriété des moyens de production pour en finir avec les rapports d’exploitation, l’aliénation inhérente et avancer vers cette libre association des producteurs en ligne de mire de la visée communiste.

Au coeur de la mutation libérale de la société se dessine une bataille idéologique de longue haleine menée et provisoirement gagnée par la bourgeoisie à l’issue d’un quart de siècle de renoncement dans les faits par le Parti Communiste de porter l’exigence d’un changement de mode d’organisation de la société au coeur du débat politique, tout englué qu’il se trouve dans sa position défensive et dans l’exigence pour la survie de ses structures administratives d’accepter des accords électoraux à tout prix avec un Parti Socialiste dont la seule visée politique n’est que détourner les aspirations populaires afin qu’elles s’enferment dans un vote de réaction face à l’outrance des attaques menées par la droite, pour finalement poursuivre le remodèlement libéral de la société. C’est dans ce contexte que le Parti Communiste se trouve à la croisée des chemins, et le choix se résout à une alternative. Soit achever sa mutation et tenter d’occuper le terrain social-démocrate dégagé par le glissement du Parti Socialiste vers le centre droit et laisser le terrain libre au Nouveau Parti Anticapitaliste qui entend bien l’investir, soit devenir un parti communiste moderne, ancré sur les réalités de la société et capable d’élaborer une stratégie révolutionnaire afin de contribuer à faire grandir dans notre peuple les luttes contre les ravages du capitalisme et les faire converger en une exigence populaire de transformation sociale dont les contours ne pourront être dessinés que par le mouvement social lui-même et dont il serait pleinement un acteur décisif. L’enjeu est de taille, la tâche peut paraître immense, mais elle est à l’image du champ libre ouvert par la crise qui s’ouvre, dont les dégâts déjà annoncés sont considérables et dont on ne mesure peut-être pas l’ampleur des bouleversements sociaux profonds que risque d’engendrer le processus dans lequel on s’est engagé.

Changer le PCF?

Pour un moniteur d’escalade, le retour du printemps est toujours synonyme de reprise d’activité aprés la léthargie professionnelle de l’hiver. Ceci explique en partie le silence de ces dernières semaines, occupées notamment à équiper de nouvelles voies dans le Sarladais…

Lors de ma dernière visite sur bellaciao, j’ai eu la surprise de tomber sur une analyse avec laquelle je suis 100% d’accord. Je n’en connais pas l’auteur, mais je n’en changerais pas une virgule. Le terrifiant c’est qu’elle semble “vieille“ de 30 ans. Je la livre donc telle quelle :

« La crise que traverse le PCF depuis la débâcle de l’Union de la gauche en mars 1978 passe pour la plus sérieuse de l’après-guerre.

Certes, ceux qui attendent le renvoi à la production du « Groupe Marchais » ou, à l’issue d’un Congrès dramatique, la proclamation d’un parti communiste dissident, en seront encore une fois pour leurs frais. L’appareil connaît son métier : il sait jouer des ouvriers contre les intellectuels, la province contre Paris, les sectaires contre les ouverts, les « patriotes » contre les œcuméniques.

Moyennant quelques milliers de départ, deux ou trois esclandres et – une fois écrasés les infâmes – un train de mesures démocratiques, la direction reprendra les choses en main, comme aux plus beaux jours.

A une différence près toutefois : les question soulevées par les « contestataires » ne pourront plus être durablement éludées, comme en 1956, 1962,1968… Elles continueront à agiter les esprits, susciter des réponses contradictoires, nourrir des « courants de pensée » de plus en plus cohérents.

Car la crise de l’été 1978 présente quelques spécificités remarquables, qui la différencient des précédentes :

Cette crise affecte un Parti communiste idéologiquement à découvert : l’aggiornamento eurocommmuniste a sapé l’orthodoxie stalinienne. Mais rien de bien consistant n’a été mis à la place. Les Italiens ont déterré et accommodé Gramsci comme stratège d’une voie antistalinienne au socialisme. Les Espagnols leur ont, tardivement mais fermement, emboîté le pas. Malgré les efforts méritoires de quelques uns (J. Texier, Gramsci, Seghers ; Ch. Buci-Glucksmann, Gramsci et l’Etat, Fayard 1974),les Français n’ont jamais pu se faire aux subtilités du théoricien sarde.

Ils tentent laborieusement d’assigner à Maurice Thorez le rôle de père fondateur de « la voie française du socialisme ». Entreprise stérile et sans espoir : l’illustre « fils du peuple » ne s’est-il pas proclamé à bon droit « premier stalinien de France » ? L’inconsistance idéologique du communisme français nourrit le désarroi des militants, leur « crise d’identité » ; elle rend urgente l’élaboration d’une nouvelle cohérence.

D’autant que ce parti est menacé de déclin : la salarisation massive de la population française ne lui a pas profité. Le PS qui lui dispute son électorat, la CFDT, sa suprématie absolue dans les usines, l’extrême gauche le contrôle des nouveaux mouvements sociaux…S’il veut endiguer la lente érosion qui mine sa puissance ,l’appareil communiste doit chercher la voie de l’adaptation aux conditions nouvelles de la vie politique.

Enfin la masse des adhérents actifs appartient à la génération des années 60 réputée « anti autoritaire », non sans quelques raisons. Les « nouveaux communistes » tolèreraient moins aisément que leurs aînés l’étouffement bureaucratique des débats et leur liquidation administrative.

Du vivant de Lénine, la presse communiste et l’édition foisonnaient de débats contradictoires qui mettaient aux prises souvent les dirigeants les plus en vue du parti.

Comme le rappelle Georges Lavau, le PCF regroupe la fine fleur du prolétariat français, des dizaines de milliers de militants d’une exceptionnelle qualité humaine. Ce n’est pas le moindre crime du stalinisme que d’avoir stérilisé ce potentiel humain incomparable transformé tant de jeunes ouvriers révolutionnaires en bureaucrates cyniques et conservateurs.

Ces dizaines de milliers de militants viennent de vivre coup sur coup : la liquidation de la plus puissante grève générale de l’histoire de la France, faute dune « alternative politique de gauche » ; et la liquidation de cette « alternative », patiemment édifiée au long de quinze ans, « pour ne pas servir de marchepied à la social démocratie »…A quoi s’ajoute l’écrasement blindé du Printemps de Prague, l’abandon subreptice de la « dictature du prolétariat », concept jadis réputé « clef de voûte » du marxisme ; le ralliement à la force de frappe et bien d’autres innovations encore, généralement communiquées par la voie des ondes.

A nombre d’entre eux s’applique désormais la boutade de Jorge Semprun : « Ils ont perdu leurs certitudes, s’ils leur restent des illusions… ».

1. L’ELECTORALISME OU COMMENT PERDRE LES ELECTIONS

Si la « cause immédiate » de l’échec – pour reprendre la saine distinction des historiens –est bien la polémique PC-PS, la cause « profonde », celle qui éclaire finalement l’explosion de cette polémique elle-même, réside dans la stratégie de l’Union de la gauche et son caractère étroitement électoraliste.

Les partis socialistes révolutionnaires de la fin du XIXè siècle ont cru ingénument que la conquête du suffrage universel, dans des Etats où la prolétarisation des masses allait bon train, porterait irrésistiblement la classe ouvrière au pouvoir. Depuis, ils ont déchanté… ou se sont résignés à la « gestion loyale » de l’ordre bourgeois.

On sait que dans les centres impérialistes la bourgeoisie domine plutôt « au consensus » qu’à la « coercition » : elle s’efforce d’obtenir l’adhésion des classes dominées aux valeurs, aux finalités, aux options conformes à ses intérêts de classe, plutôt que de contraindre les travailleurs par la force.

Mais la société capitaliste – même avancée – étant déchirée par les antagonismes de classes, la production du consensus est rien moins que spontanée. Elle s’effectue délibérément et systématiquement au moyens d’un ensemble complexe d’appareils d’hégémonie publics u privés, qui vont des grands moyens d’information et de communication de masse à l’Eglise, la famille, la caserne, l’école ; en passant bien sur par l’usine qui comme chacun sait ne produit pas seulement des biens matériels mais de l’idéologie et des rapports sociaux (cf. Robert Linhart, l’Etabli, Ed . de Minuit 1978).

C’est ce travail quotidien de production et de reproduction du consentement que les élections viennent périodiquement entériner. Celles-ci ne sont qu’un instrument de mesure, une photographie de l’opinion à un instant donné. Elles ne produisent pas elles-même cette opinion. Laquelle se forme pour l’essentiel hors de la sphère électorale, dans les pratiques sociales telles qu’elles sont structurées par les rapports sociaux dominants et les institutions qui les cristallisent. C’est ce que confirment tous les travaux de sociologie politique, y compris ceux des sociologues et politologues communistes (cf. Classe sociale, religion et comportement politique, G. Michelat et M. Simon).

Pour que les élections n’enregistrent pas simplement « la domination des dominateurs », le mouvement ouvrier doit intervenir longtemps avant l’échéance électorale, au niveau du procès de formation du consensus lui-même.

Il doit promouvoir une pratique anticapitaliste de lutte qui, précisément , sape l’hégémonie bourgeoise, désagrège l’alliance de classes qui la sous-tend, met en crise les « appareils », les institutions, les pratiques vécues là où elles s’enracinent.

La conquête parlementaire présuppose et sanctionne une ample activité extra-parlementaire. Si cette activité fait défaut, le suffrage universel débouche le plus souvent sur la défaite, dans le meilleur des cas sur une victoire précaire et sans lendemain.

Il y a une pratique révolutionnaire et une pratique intégrée, subalterne, du suffrage universel, martèle l’Internationale communiste dès ses premiers congrès.

La première conçoit la lutte électorale comme un moment –important mais non décisif- de la lutte des classes ; un terrain institutionnel de confrontation, où le mouvement ouvrier engrange des résultats obtenus ailleurs, par un travail de mobilisation, d’organisation, d’éducation, visant à concrétiser dans tous les domaines l’alternative socialiste.

La seconde tend à considérer en pratique la lutte électorale et parlementaire comme la force par excellence de la lutte des classes, son point culminant, le terrain privilégié où elle se déploie et se dénoue, le moment stratégique qui commande tout le reste.

L’électoralisme ce n’est pas le fait de participer aux élections et de s’efforcer de les gagner, comme l’a longtemps cru un certain gauchisme. C’est l’idée que le Pouvoir se conquiert par les élections et que les élections se gagnent dans les campagnes électorales. Pour gagner les élections, dit l’électoraliste, il faut attirer les électeurs hésitants, modérés, indécis : ceux qui votaient jusqu’alors conservateur mais qui pourraient bien cette fois ci sauter le pas. Or, pas plus qu’on n’attire les mouches avec du vinaigre, on ne gagne les modérés par l’agitation. Les luttes ouvrières aliènent au socialisme le vote des cadres et des petits patrons ; les luttes des femmes celui des phallocrates, celles des jeunes, celui des vieux…

C’est ainsi que l’électoraliste se fait piéger par l’adversaire : il renonce à promouvoir sur tous les terrains les mouvements unitaires de masse porteurs d’alternative socialiste par crainte d’effaroucher les électeurs modérés. Sa dénonciation du système reste purement propagandiste, ne s’incarne pas dans des pratiques de lutte et des formes organisées qui la rendraient concrète et convaincante ; le travail des « appareils bourgeois d’hégémonie » s’exerce en conséquence sur des masses passives, atomisées en électeurs, donc à plein rendement.

Pour gagner des élections – objectif en effet majeur – il faut résolument tourner le dos à l’électoralisme. Il faut modifier les rapports de classe là où ces rapports se nouent. En appuyant sans réserve l’auto-organisation des masses pour la défense de leurs intérêts, le mouvement ouvrier stimule au maximum toutes les aspirations au changement et répond simultanément au besoin de sécurité des travailleurs.

Seul il peut empêcher que la victoire électorale soit une victoire sans lendemain, préparant après une phase plus ou moins courte de convulsions et de chaos le retour en force de la réaction. Car la victoire électorale n’est pas la révolution, l’accession au gouvernement n’est pas la conquête du pouvoir. Elles ne sont tout au plus que des moments – nécessaires mais non suffisants – de l’avènement socialiste.

Ce ne sont pas les appareils qui comptent, mais leur fonction, pas la multitude des adhérents mais leur travail politique, moins la variété des organisations que leurs relations avec les mouvements sociaux.

L’attitude du PCF dans la tourmente sociale de Mai – moment de vérité par excellence –révèle le conservatisme frileux de sa direction, son incapacité à mettre en œuvre une « démarche hégémonique » ; ce que Jean Rony appelle pudiquement son « politicisme », ou tendance à privilégier étroitement les aspects institutionnels » de la lutte : incapacité à définir un projet de société traduisant les aspirations les plus avancées de la jeunesse et des travailleurs. Incapacité à poser la classe ouvrière comme classe dirigeante potentielles, prenant en charge les problèmes de toutes les couches populaires et leur donnant une solution intégrée à son projet révolutionnaire d’ensemble.

Attitude crispée, craintive, conservatrice, effet d’un stalinisme persistant qui rend compte plus que toute autre chose de la stagnation du PCF, de la régression de la CGT, face à la renaissance miraculeuse d’un Parti socialiste réduit pourtant à l’ombre de lui-même par vingt-cinq ans de molletisme.

La consigne de François Mitterrand à ses troupes « le maximum de programme commun, le minimum d’actions communes devenant dans les faits le précepte de toute la gauche.

Ce « minimum » ce furent des journées de protestation morcelées, éparpillées, des grèves de vingt-quatre heures et des journées d’action par branches, secteurs, ou régions, notoirement insuffisantes pour faire plier le gouvernement, mais usant à la longue la combativité populaire. Cette érosion se mesure dans le succès décroissant des initiatives. De toute évidence, les travailleurs ont compris le caractère purement protestataire de ces barouds d’honneur. D’où leur attentisme croissant.

Etroitesse électoraliste qui n’est elle même qu’une manifestation de la stratégie consacrée par le XXIIè Congrès.

2. COMMENT UNIR LA GAUCHE ?

La direction du PCF explique les nombreux coups de barre de sa tactique unitaire comme autant de réponses au « turnant »du Parti socialiste. Au Congrès d’Epinay, en 1971, ce parti se serait résolument « tourné à gauche » ; d’où l’attitude fraternelle, indulgente, affectueuses même du PCF à son endroit, culminant dans la campagne présidentielle de 1974. Mais après les « Assises pour le socialisme » et l’entrée en force des amis de Michel Rocard , le PS aurait viré de bord, repris au seuil du pouvoir par ses vieux démons. D’où l’attitude de plus en plu ferme d u »parti de la classe ouvrière » afin d’endiguer la dérive sociale démocrate de son versatile allié….

Cette explication ne tient pas debout : la direction du Parti socialiste n’était pas « plus à gauche » en 1972 qu’en 1976. Elle était plus loin du pouvoir. Il lui fallait l’alliance avec le PCF pour se refaire une virginité et séduire ces millions de nouveaux salariés dont l’industrialisation pompidolienne avait peuplé les villes nouvelles. Le projet de François Mitterrand étai minutieusement exposé, noir sur blanc, dès 1969, dans un pamphlet acerbe « Ma part de vérité ». Se placer sur orbite grâce à la fusée PCF, et tandis qu’elle retomberait vers la terre, gouverner à loisir au centre gauche.

François Mitterrand applique ponctuellement son programme : au Congrès de Nantes, il traite déjà le PCF comme une force d’appoint… N’y a t il pas de parade ? Le PCF est-l condamné soit à l’impuissance, soit au rôle de marche pied de la social-démmocratie ?

La parade existe : elle consiste à jouer des contradictions de l’allié socialiste. L’arroseur peut être arrosé. Mais il faut pour cela tourner le dos à l’électoralisme. Et comprendre à qui on a affaire.

Les analyses du PS que propose le PC attestent à quel point la théorie marxiste s’es t dégradée, dans ce Parti, en idéologie inconsistante. Elle ne vise pas à produire des connaissances mais à justifier les tournants tactiques de la direction. Ce qui frappe donc, dans les analyses du PS produites par le PCF c’est leur caractère unilatéral, non-dialectique : l’incapacité de saisir les contradictions de la formation socialiste et d’élaborer une tactique unitaire jouant sur elle.

Les partis sociaux-démocrates sont pourtant bien les lieux de contradictions spécifiques que les théoriciens marxistes ont mis à jour de longue date.

Ces partis ont été forgés par la clase ouvrière à la fin du XIXè siècle pour assurer la représentation au sein des institutions démocratiques bourgeoisies et, au-delà ,sa présence au niveau politique. Ils assument une fonction de médiation entre les masses salariées et l’Etat bourgeois au profit de ce dernier, dont ils vivent.

Le Parti communiste peut avoir une prise sur la direction social-démocrate, en agissant sur les aspirations, les attitudes, les attentes politiques de sa base sociale. Cette base sociale , même dans le cas du PS, est composée pour l’essentiel de travailleurs salariés. Ses intérêts de classe ne sont pas substantiellement distincts de ceux des travailleurs communistes.

L’appareil social démocrate est alors placé devant une alternative : ou bien s’aligner sur la combativité nouvelle de sa base ; ou bien s’y opposer frontalement, au risque de lourdes pertes d’influence.

Mais pour promouvoir cette tactique, il ne faut pas soi-même sombrer dans l’électoralisme !

En réalité derrière tous ces débats c’est le problème général de la stratégie révolutionnaire en Occident qui se trouve posé : en Europe occidentale, la classe ouvrière affronte un ennemi bien plus puissant que les oligarchies tsaristes ou chinoise.

Cela ne veut pas dire que toute transition au socialisme est impossible en Occident : les pays capitalistes avancés d’Europe occidentale sont le lieu de contradiction spécifiques dont la condensation peut précipiter des crises pré-révolutionnaires parfaitement exploitables par le mouvement ouvrier. Mais cette transition au socialisme doit tenir le plus grand compte des spécificités de la domination bourgeoise en Occident.

Comme l’a souligné Gramsci mais avant lui Karl Radek, Paul Lévy et bien d’autres, la transition au socialisme dans ces pays couronne un long travail de gestation, de préparation politique, où le mouvement ouvrier doit consciemment et systématiquement contribuer à produire les conditions de la conquête révolutionnaire du pouvoir.

3. DEMOCRATISER LE CENTRALISME DEMOCRATIQUE ?

Reste la question de la conception du Parti : son rapport aux masses, son régime intérieur. C’est ici que l’immobilisme est sans doute le plus frappant. Le rapport aux mouvements et aux organisations de masse demeure régi par le modèle de la « courroie de transmission » : le Parti s’assure le contrôle sans partage des organisations de masse – sans omettre évidemment d’attribuer quelques strapontins en vue à des « potiches démocratiques »- et leur insuffle sa « ligne juste ».

Rien de plus étranger à sa démarche que l’idée d’un réel respect de l’autonomie de ces mouvements. Attitude évidemment incompatible avec toute stratégie révolutionnaire. Le Parti doit certes transformer la spontanéité des masses en pratique révolutionnaire consciente ; mais pour cela, il lui faut d’abord reconnaître cette spontanéité et s’éduquer lui-même à son école.

Quant a u régime intérieur du Parti, il est resté pratiquement inchangé depuis Staline. Certes il ne se donne plus le ridicule d’exclure les non-conformistes, et la « liberté de râler » (cf. L’expression est de Molina et Vargas) est totale à la base. Mais l’exercice du pouvoir au sein du Parti reste toujours autocratique. Peu importe que l’autocrate soi une personne morale (le « groupe dirigeant » et non plus une personne physique (le secrétaire général). Peu importe que sa manière soit plutôt libérale. La base militante ne joue toujours aucun rôle réel dans l’élaboration de la ligne et la désignation des dirigeants. Certes, les statuts du Parti stipulent tout le contraire.

Mais il y a le droit et le fait, la théorie et la pratique. Et cette dernière est parfaitement rôdée.

Les « élections » ne sont pas des élections : à tous les niveaux, des « commissions de candidature » choisissent les candidats. Et comme il y a autant de candidats désignés que e postes à pourvoir, l’élection n’est qu’une ratification des choix effectués par la hiérarchie. On n’a pas d’exemple d’un candidat ainsi coopté qui ne soit élu.

En présentant le « centralisme bureaucratique » qui sévit dans le Parti comme un modèle de démocratie prolétarienne, Georges Marchais a ingénument révélé le contenu réel de son idéal démocratique : un pouvoir exercé pour le peuple, par une élite strictement hiérarchisée, et qui sait mieux que les travailleurs où se trouve leur intérêt. Tout cela est bien connu et les « contestataires » communistes du printemps de 1978 s’en sont expliqués mieux que quiconque.

Tous se récrient d’horreur à l’évocation du droit de tendance agité comme un épouvantail par la direction du Parti.

La pratique de la démocratie dans un parti ouvrier de masse n’est pas chose facile, et nul ne peut prétendre en détenir la formule. Le degré de démocratie praticable dans un parti de combat est d’ailleurs fonction du degré de démocratie existant dans la société où il lutte. Il faut donc se garder d’aborder ce problème abstraitement, en métaphysicien ou en moraliste. Il faut l’aborder en politique : étant donné les conditions de lutte en Europe occidentale et la stratégie spécifique de transition au socialisme qui y correspond, de quel type de parti communiste les travailleurs ont-ils besoin ? quel type de militant former ?

Si l’on admet que la fonction politique cardiale d’un parti ouvrier révolutionnaire est de promouvoir l’auto-organisation des masses et de travailler à la radicalisation politique de leurs mouvements, on comprend l’importance politique de la démocratie interne au sein d’un parti véritablement communiste : seul un parti ouvrier réellement démocratique peut former des militants capables d’une « démarche hégémonique ».

Tout se tient : si l’on veut disposer de militants capables de « rapports hégémoniques » -et non plus bureaucratiques – avec les masses, il faut les dégager des rapports bureaucratiques au sein de leur propre parti.

La démocratie ce n’est pas « le droit de râler » dans être exclu, disent à juste titre les oppositionnels communistes. C’est le pouvoir d’influer effectivement sur l’élaboration de la ligne du Parti et le choix de ses dirigeants. La démocratisation du PCF passe par l’instauration de procédures statutaires créant la possibilité effective pour les militants de mettre en minorité la direction, d’en changer la composition, de lui imposer des choix politiques.

Louis Althusser a lumineusement mis en évidence comment ce système dépossède politiquement la base et concentre tout le pouvoir dans les mains du « groupe dirigeant ».

Pour en finir avec le centralisme bureaucratique, il faut que les élections au sein du Parti deviennent de vraies élections.

Pour qu’il y ait une élection véritable, réelle possibilité de choix, il faut que le nombre des candidats ne soit pas limitatif, qu’il puisse excéder largement le nombre des postes à pourvoir ; que l’avis de la Commission des candidatures puisse être discuté, contredit avant le scrutin ; que les candidats non retenus puissent être défendus par les instances qui les présentent ou par eux-mêmes.

Pour en finir avec le centralisme bureaucratique, il faut que les débats soient de vrais débats. Un parti ouvrier de masse se trouve inséré dans des situations complexes, placé devant des choix dramatiques pour lesquels il ne dispose que de données partielles, fragmentaires. Il est normal que ces situations engendrent des appréciations divergentes. Nul ne détient la Vérité au sein du Parti, pas même le secrétaire général. Nul ne connaît a priori la ligne correcte la ligne juste. Celle-ci ne peut être approchée que dans la libre confrontation des points de vue, la lutte des idées. C’est dans et par cette fonction que le Parti s’acquitte de sa fonction d’ »intellectuel collectif ».

La fameuse clause -prétendument antifractionnelle – interdisant les « contacts horizontaux » entre militants porte une restriction draconienne au libre développement du débat.

Mais le militant de base en désaccord ne peut exprimer ses critiques que dans a cellule – où l’appareil dépêche rapidement « du renfort »….S’il cherche à confronter ses thèses avec des militants critiques d’autres cellules, s’il cherche à réunir ceux qui partagent son point de vue pour élaborer collectivement des options alternatives à celles de la direction, il tombe sous le délit « d’activité fractionnelle » et se met hors la loi.

Pour que le débat soit un vrai débat, il faut que saute ce système de cloisonnement vertical par lequel l’appareil asseoit sa dictature sur le Parti.

Mais c’est le droit de tendance que vous nous prêchez-là, protestent à cet instant, chacun sur son registre, contestataires et orthodoxes du PCF ! Arrière Satan ! Vous voulez transformer le Parti communiste en « club de discussion », écarter les dirigeants ouvriers au profit des intellectuels beaux parleurs, substituer à l’unité du Parti les querelles de fractions ! Voyez le Ps, le PSU, le Fen ! Et c’est pour aboutir à ces résultats que nous nous exhortez à renoncer à l’acquis léniniste ?

Ce réquisitoire est en parti fondé. D’où son impact sur les oppositionnels qui ont pourtant tout intérêt à gagner d’un démocratisation réelle du PC.

Il n’est de démocratie que pluraliste, et de pluralisme démocratique qu’organisé.

Les traits négatifs d’un « pluralisme organisé » que soulignent à juste titre les oppositionnels du PCF peuvent être considérablement réduits, sinon éliminés, par un semble de clauses, de pratiques, d’attitudes visant à compenser les inégalités entre militants au sein du Parti, à bloquer toute dynamique fractionnelle. Le droit de tendance ,comme tout droit, doit être réglementé.

Un travail systématique de formation des militants peut réduire les inégalités entre manuels et intellectuels face au débat politique. La participation des militants ouvriers à l’élaboration de la ligne et à la direction du Parti peut être garantie par l’attribution – tacite ou formelle – à ces militants d’une proportion appréciable du temps de parole dans les assemblées et les tribunes de discussion publiées par la presse du Parti, d’un pourcentage de postes de responsabilités dans toutes les instances dirigeantes.

Molina et Vargas ont raison lorsqu’ils soulignent que la démocratisation du PCF ne doit pas se borner à la substitution du libéralisme bourgeois à ce qu’ils appellent « la routine stalinienne ». Mais ils ont tort de condamner, au nom de cette exigence, le « pluralisme organisé ».

Chaque fois que les conditions de lutte le permettent, la démocratie ouvrière doit être en avant, et non en retrait, de la démocratie bourgeoise. »

Immigré sans papiers, mon frère

J’aurais pu naître n’importe où, je n’ai choisi ni l’heure, ni l’endroit.

Quand j’entends Hortefeux, ministre des expulsions et de l’indignité nationale annoncer que des quotas de « reconduites aux frontières » sont mis en place et que l’ensemble des forces de police et de gendarmerie du territoire sont mobilisées sur cet objectif prioritaire j’ai tout d’abord le sentiment d’une immense honte.

Honte car ces images d’arrestation d’enfants, de femmes et d’hommes par les forces de l’ordre me renvoient, même si je sais que les temps ont changé et que ça n’est pas la même chose, l’image d’autres « rafles » d’enfants, de femmes et d’hommes par les mêmes forces d’un « ordre » qui se disait alors nouveau. Honte, car je me dis que les leçons de l’histoire semblent ne servir à rien et qu’il suffit de remplacer le juif par l’arabe ou le noir ou le chinois sans papier pour obtenir le même résultat et trouver un bouc émissaire à tous les malheurs du « bon » peuple (le chômage, le déficit des régimes sociaux, la baisse du pouvoir d’achat…) pour que la haute bourgeoisie puisse continuer sans soucis à mettre la nation en coupe réglée et à se rouler dans le luxe le plus éhonté. Honte, car on sait où commence la politique du bouc émissaire, mais qu’on ne sait jamais à quels torrents d’abjections elle peut nous mener.

J’ai honte et je pense alors à tous ces jeunes rencontrés au cours de mes périples au Maroc et qui ne voyaient d’autre perspective d’avenir que tenter sa chance clandestin en Europe. On a souvent l’image de ces bateaux surchargés abandonnés à la folie des courants de Gibraltar mais imagine-t-on ce qu’il faut de courage et de désespoir pour tenter pareille aventure ?

Au-delà de la réalité tragique de ces naufragés africains, l’immigration illégale est d’abord et avant tout un formidable trafic humain avec ses filières, ses caïds, ses victimes et ses bénéficiaires. Pour 3000 euros on vend au Maroc un contrat de travail de 3 mois qui permet d’obtenir un visa d’autant à l’issue duquel il est possible de tenter sa chance. Imagine–on le profit que fait l’esclavagiste qui fait venir de la main d’oeuvre travailler dans ses vergers ou sur ses chantiers en lui faisant payer comme rêve une somme supérieure à celle qu’il lui versera pour le travail réalisé ?

Conscient que le gouvernement de Sarkozy et de l’UMP n’œuvre pas pour l’intérêt national mais pour les intérêts particuliers de la grande bourgeoisie, on est en droit de se demander alors ce que cache la politique de quotas du sinistre Hortefeux.

Le nombre de clandestins est par essence difficile à évaluer, le Bureau International du Travail l’estime à un minimum de 400 000. Le nombre de 25 000 expulsions ne peut sérieusement apparaître comme une volonté d’en finir avec l’immigration illégale. Tout d’abord parce qu’en imaginant que le flux d’immigrants se tarisse il faudrait un minimum de 16 ans pour renvoyer dans leur pays d’origine tous les clandestins, et ensuite parce qu’il faut être complètement naïf pour croire qu’on puisse stopper ces flux poussés par la misère sans réduire considérablement l’écart de richesse et de développement qui nous sépare des pays du sud. Ce dont on ne prend absolument pas le chemin.

Dès lors quel sens peut bien avoir la politique gouvernementale autre qu’augmenter la pression sur les sans-papiers afin de les faire vivre toujours plus dans la peur, de les précariser toujours davantage et d’aggraver leurs conditions d’exploitation pour le plus grand profit de ceux qui les emploient, mais aussi pour faire pression sur les conditions de travail et les revenus de l’ensemble des salariés. En les désignant comme boucs émissaires et victimes les plus fragiles de sa politique de destruction des libertés publiques, le gouvernement UMP de Sarkozy indique à l’ensemble de la population que le développement d’une solidarité active avec les immigrants illégaux est une question centrale dans la résistance qu’elle a à lui mener.

Le monde du travail a tout à perdre à se laisser diviser en tranches, et le slogan qui clos le manifeste du parti communiste de 1848 n’a rien perdu de sa brûlante actualité : « prolétaires de tous les pays unissez-vous ».

Le marché comme horizon indépassable ?

Supermercado

L’acceptation du marché comme mode de régulation économique de nos sociétés ne semble plus faire débat au sein des partis de gauche, que ça soit dans les partis issus de la mouvance sociale-démocrate, mais aussi dans ceux issus de la mouvance communiste, qu’ils se définissent toujours aujourd’hui comme communistes (bien que cette définition soit à re-préciser) ou qu’ils ne revendiquent du communisme que des racines désormais lointaines et désavouées dans leur objectif historique.

Ce n’est pas nouveau que les apologues du capitalisme voient dans l’existence du marché et de ses lois inhérentes une réalité incontournable de droit « naturel », de la même manière qu’en leur temps les apologues de la féodalité tenaient la division de la société en ordres pour une réalité incontournable de droit « divin ». C’est une constance depuis la génèse du capitalisme, analysée et démontée par Marx en son temps. Le fait est que les lois de la production capitaliste sont des lois coercitives pour les capitalistes eux-mêmes aboutissant à une concentration toujours plus forte des richesses à un pôle de la société et à un appauvrissement continu de l’ensemble de la société à l’autre pôle.

Que le marché soit une réalité de notre époque ne peut être remis en cause de manière sérieuse par personne. Que cette réalité soit incontournable est une autre histoire : Que devait penser l’esclave enchaîné à la roue d’un moulin antique d’une société humaine d’où serait bani le travail servile sous les coups de fouet d’un maître ayant droit de vie et de mort sur ses servants ? Comme toute société humaine, la société capitaliste est le fruit d’un processus historique long et contradictoire né de l’émancipation de la bourgeoisie d’affaires des entraves qu’imposait la société féodale au libre développement de son commerce. En même temps que le marché se développe, c’est-à-dire qu’une part de plus en plus grande de l’activité humaine est happée par la marchandisation, le capital se concentre et le salariat tend à se généraliser. Ce mécanisme dont c’est le grand mérite de Marx de l’avoir mis en évidence n’est pas nouveau.

Ce qui est nouveau ce n’est pas ce que l’on entend par mondialisation, car depuis sa genèse le capitalisme industriel se nourrit des échanges de marchandises aux quatre coins du globe, du pillage des ressources dans les pays du tiers-monde, hier des colonies, et de la mise en concurrence des prolétaires des différents pays : de nos jours ces aspirations (des capitalistes anglais) ont été de beaucoup dépassées, grâce à la concurrence cosmopolite dans laquelle le développement de la production capitaliste a jeté tous les travailleurs du globe. Il ne s’agit plus seulement de réduire les salaires anglais au niveau de ceux de l’Europe continentale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins prochain, le niveau européen au niveau chinois (Karl Marx, Le Capital – Livre 1 – Chap XXIV).

Ce qui est nouveau, c’est la phase historique dans laquelle l’humanité est entrée depuis une vingtaine d’années avec la mort de l’Union Soviétique et des démocraties « populaires » est-européennes, mais aussi avec l’entrée fracassante de la Chine dans le marché capitaliste mondial ; ce qui est nouveau, c’est que le capitalisme rebaptisé libéralisme et présenté comme produit naturel de la régulation de la production par les seules lois du marché peut, en apparence tout au moins, s’affirmer comme le seul système économiquement viable et qu’associé aux cadres politiques de la république bourgeoise ou de la monarchie constitutionnelle rebaptisés « Démocratie » par la seule vertu d’un suffrage prétendument universel, il prétend s’imposer comme fin de l’histoire et horizon indépassable de l’humanité.

Fruit de la Première Guerre mondiale (gigantesque conflit d’intérêts résultant du développement des capitalismes européens explosant pour le contrôle du marché mondial et s’étant soldé par le massacre de plus de 10 millions d’innocents), la révolution Russe a été suivie par l’apparition dans l’ensemble du monde capitaliste, colonies incluses, de mouvements ou partis communistes portant avec force la revendication d’un renversement de l’ordre capitaliste de la production, se fondant sur les travaux scientifiques de Marx et Engels, s’enrichissant de la pensée de militants d’une envergure exceptionnelle et s’appuyant sur l’exemple idéalisé des réalisations soviétiques. Un cycle de révolutions réprimées dans le sang s’ouvrait en 1918 en Allemagne pour s’achever en 1939 en Espagne : ce spectre qui hantait l’Europe, le spectre du Communisme prenait corps et il ne suffirait pas de fusiller à la mitrailleuse lourde quelques milliers de prolétaires dans les fosses de quelque capitale pour l’abattre, comme cela avait été fait lors de la répression de la Commune de Paris en 1871. Contre ce spectre annonçant sa ruine, le capital allait mettre en oeuvre des moyens d’une violence sans précédent dans l’histoire.

L’instauration de régimes fascistes à l’échelle de l’Europe occidentale (par coups d’État, dégénérescence des institutions, guerre civile ou trahison) a été cette réponse dans le double objectif de détruire à l’intérieur la montée en puissance des mouvements révolutionnaires et de préparer, d’enclencher et de gagner la guerre visant à détruire l’Union Soviétique en retournant contre elle les moyens militaires considérables issus de la conversion en industrie de guerre de l’ensemble de la production européenne. La résistance de l’URSS à l’agression nazie, la précipitation des Etats-Unis dans la guerre par un Japon pressé de se tailler un empire dans le pacifique et dans un Sud-est asiatique dominé par les colonialismes anglais et français, mais aussi l’apparition dans la majorité des pays occupés par les pays de l’Axe de guerres de partisans puissantes animées principalement par les communistes devaient faire échouer ce plan à l’issue d’un conflit mondial dont plus de 100 millions de victimes ne verraient pas la fin.

De la Seconde Guerre mondiale émergeait un monde bipolaire avec d’un coté un monde capitaliste dominé par la puissance économique et militaire des États-Unis et de l’autre coté un monde socialiste dominé par l’Union Soviétique bientôt rejointe par la formidable puissance démographique de la Chine, excluant du grand marché mondial jusqu’à un tiers de l’humanité et représentant un formidable attracteur pour les mouvements progressistes du monde capitaliste et les mouvements de libération des peuples colonisés, qu’ils se disent communistes, socialistes ou sociaux-démocrates selon qu’ils adhéraient totalement ou partiellement aux objectifs des pays dits du socialisme réel. 

Cette phase l’on pourrait la qualifier de phase de reflux du capitalisme à l’échelle planétaire, car elle peut-être caractérisée par une sortie du marché capitaliste d’une proportion croissante de l’humanité jusqu’à la fin de la guerre du Vietnam en 1975, une progression constante des acquis sociaux dans les pays capitalistes développés soucieux de diminuer l’attractivité des modèles sociaux mis en place dans les pays socialistes et de diminuer leur pression sociale interne, mais aussi une répression sans faiblesse de tout mouvement émancipateur et progressiste dans le tiers-monde sans pouvoir cependant empêcher la formidable marche des peuples colonisés vers l’indépendance. Cette phase de reflux du capitalisme est caractérisée dans les pays capitalistes européens du point de vue de l’évolution des mouvements communistes par un renforcement jusqu’en 1956 et l’intervention soviétique en Hongrie, puis un affaiblissement progressif que ça soit par un renforcement des partis sociaux-démocrates concurrents, soit par un glissement idéologique interne, soit par une combinaison des deux.

Il est important de noter que malgré l’exclusion du marché d’une part croissante de la population mondiale durant sa phase de reflux, le capitalisme n’a jamais cessé son évolution naturelle dans sa sphère d’influence : la concentration du capital et l’augmentation de la richesse à un pôle de la société ; la généralisation du salariat et un appauvrissement généralisé toujours croissant à l’autre pôle malgré l’augmentation du pouvoir de consommation et des conditions sociales du prolétariat des pays capitalistes développés. En effet, le marché étant global sur sa sphère, l’évolution des conditions de vie du prolétariat ne peut se concevoir que globalement c’est-à-dire en grandeur moyenne, l’amélioration locale des conditions de vie d’une petite partie ne pouvant être que contrebalancée par une accélération de la dégradation permanente des conditions d’existence des masses populaires des pays du sud jetées dans la sphère de la production capitaliste, une relocalisation accrue de pans de la production vers les pays à plus faibles taux de salaires et par voie de conséquence une accélération de la concentration des capitaux.

Ainsi, c’est sur l’affaiblissement de l’internationalisme du mouvement communiste et la perte de vision globale l’accompagnant que peut se développer le mirage social-démocrate dans les sociétés capitalistes développées jusqu’à y supplanter la visée communiste y compris dans les partis communistes historiques : L’idée que des régulations du capitalisme ne le remettant pas en cause dans son essence, la séparation entre les producteurs (le prolétariat) et les moyens de production (le capital), peuvent améliorer de façon structurelle les conditions matérielles des producteurs.

Dès lors, la disparition de l’Union Soviétique et l’entrée de son formidable potentiel naturel et humain dans le grand marché capitaliste ne pouvaient être suivie, outre la chute de ses états satellites, que par l’achèvement de l’affaiblissement des partis communistes historiques en Europe et le désarroi des classes populaires auxquels elle servait d’attracteur (au moins partiel). Pour parler en métaphore taurine et faire plaisir aux défenseurs de la corrida, si l’enfermement de la problématique principale des partis communistes dans le cadre étroit des nations quand le capitalisme se globalisait en furent les banderilles, la chute de l’URSS leur portait l’estocade pour avoir oublié que dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat (Le manifeste du Parti Communiste – K.Marx et F. Engels). Un boulevard idéologique était ouvert à la phase historique qu’ouvrait la fermeture de la « parenthèse » soviétique et que l’on qualifie faussement, ainsi que souligné plus haut, de mondialisation ou plus de manière plus exacte de globalisation. Globalisation dans le sens ou l’ensemble des activités humaines sur l’ensemble de la planète sont jetées dans la sphère capitaliste de production.

Cela étant dit, sur quoi donc se fonde l’acceptation du marché comme mode de régulation économique ? Se fonde-t’elle sur la capacité du marché à être porteur d’amélioration des conditions matérielles de vie de l’ensemble des populations qu’il englobe ? Se fonde-t’elle sur la capacité du capitalisme à générer dans son évolution un monde de paix dans lequel conflits d’intérêts et guerres auraient tendance à disparaître et sur sa capacité à exploiter les ressources naturelles de notre planète dans le double souci de leur économie et de la préservation de la Terre comme biotope de l’humanité et des espèces animales désormais sous sa responsabilité ? À toutes ses questions il faut malheureusement répondre par un « non » ferme, les actualités nous le rappellent chaque jour en termes non équivoques. Le seul argument des apologues du capitalisme est que toutes les tentatives de créer un autre système économico-politique ont échouées, à l’image d’alpinistes qui, contemplant une face encore vierge de tout passage, la déclareraient impossible au prétexte qu’aucune des tentatives antérieures n’a abouti. La différence est que là il ne s’agit pas de sport, mais du broyage quotidien de millions de vies par l’exploitation et la guerre, et de la capacité de l’humanité à construire les conditions de sa survie en tant qu’espèce au développement exponentiel de ses capacités de production et de destruction…

De l’union et des communistes…

Union !

La question de l’union avec le Parti Socialiste pour les municipales est au centre du débat dans le Parti et semble polariser les clivages internes : Face à une direction nationale dont le but affiché est de parvenir à un accord global avec le PS pour « préserver » un maximum de mairies à direction communiste, la fronde gronde dans les rangs et de plus en plus nombreux sont ceux qui dénoncent cette stratégie d’alliance, qualifiée d’opportuniste et mortifère pour le Parti.

La dérive libérale du PS est assumée par sa direction qui ne cache plus son adhésion aux dogmes du capitalisme et ne fait plus d’un changement de société son objectif politique. Si cela est assumé de manière claire aujourd’hui ça n’est pas un fait nouveau et l’évolution du SPD allemand ou du New Labour anglais peut nous amener à considérer comme illusoires les vélleités des militants de l’aile gauche du PS qui, derrière Mélanchon ou Emmanuelli, espèrent en interne modifier le cap du navire social-démocrate. Le Parti Socialiste a toujours été et restera toujours, à mon sens et en dépit de son nom, une formidable machine à neutraliser toute tentative de changement de fond de notre société vers une société socialiste.

Si le clivage gauche-droite a un sens dans notre pays, il doit se situer entre ceux qui ambitionnent de renverser l’ordre capitaliste des choses et ceux qui s’en accommodent avec plus ou moins de zèle pour défendre les intérêts de la grande bourgeoisie. En ce sens le Parti Socialiste est un parti de droite mais dont une grande partie des militants et la majorité des électeurs sont des gens de gauche.

En signant un accord national avec le PS la direction du parti envoie un signe qui se veut fort à l’ensemble de l’électorat populaire, mais qui a toute les chances de n’avoir d’autre retentissement que l’explosion d’un pétard sous une cloche à vide. Signe d’autant plus incompréhensible qu’en appelant ses parlementaires à voter le 4 février en faveur de la révision constitutionnelle demandée par Sarkozy, la direction socialiste a pris le choix de soutenir activement le coup d’état institutionnel qui se prépare et dont toutes les répercussions pour l’avenir de notre « démocratie » n’ont pas été, j’en ai peur, mesurées.

Dès lors que traduit ce signe pour les militants « de base » que nous sommes, engagés dans le Parti Communiste pour de multiples raisons mais avec au coeur l’aspiration profonde que le mode d’exploitation capitaliste est au mieux un véritable gachis, au pire un système criminel de spoliation sociale s’appuyant sur un saccage sans mesure de vies et la guerre permanente pour maintenir la domination d’une petite caste sur la société ?

Ce qu’à mon sens il traduit d’abord et avant tout c’est que la direction n’a d’autre visée politique qu’électoraliste. Ce qui veut dire, dès lors que le système politique de notre pays n’a d’autre but que de perpétuer la domination de la bourgeoisie sur nos institutions et que nous parlons bien là de notre parti, le Parti Communiste, que la direction n’a pas de visée politique. Ou tout au moins pas de visée politique avouée.

Comme aucun communiste ne peut sérieusement croire qu’à ce niveau de responsabilité nous ayons placé (ou laissé placer) des irresponsables, chacun y va de son analyse sur le sens de la « gouvernance » du parti et le but poursuivi par une direction dont les préoccupations semblent de plus en plus coupées de celles de la base du parti. Et là se situe de mon point de vue de militant de base lambda, porteur de l’histoire de mon parti et ferment de son avenir, sa plus grave défaillance. En effet dans ce débat dans lequel les enjeux réels ne sont jamais posés de manière claire sur la table, les forces centrifuges internes au parti prennent une force qui croît avec le temps, ejectant un à un les militants et menaçant à (court ?) terme le parti d’explosion.

Pendant ce temps ce qui devrait être le travail de fond du parti dans la société n’est plus effectué, à savoir : La formation théorique des militants sur l’économie politique, l’histoire du mouvement ouvrier et l’analyse des contradictions du capitalisme réel ; La mise en culture d’un communisme vivant ayant comme objectif sa visée historique et sa diffusion dans les pores de la société ; La définition d’objectifs de lutte agissant sur la politique concrète de notre pays et les moyens à mettre en oeuvre pour y aboutir… Pour faire bref la construction permanente d’un Parti Communiste en prise directe avec les enjeux et le peuple de son temps.

C’est à ce niveau là et rien de moins que se situe l’enjeu du prochain congrès prévu à la fin 2008 :

Engageons ce travail de fond de redressement d’un idéal et d’une action communiste décomplexée, assumant son histoire et sa visée historique et osons nous projeter dans l’avenir pour redevenir un élément moteur de la transformation et ne plus nous contenter d’être une simple force d’inertie à la remorque du mouvement social. La lutte victorieuse lors du référendum de 2005 nous a montré l’étendu des possibles. Si nous parvenons à redevenir nous-même, la question des alliances électorales ne sera plus jamais une question centrale et se résoudra d’elle même.

Dès aujourd’hui c’est de la responsabilité de chaque communiste de prendre en main la destinée de son parti et pour en revenir aux municipales, ça ne peut-être qu’à chaque section de décider de sa stratégie locale en fonction des acteurs politiques locaux avec comme objectif de replacer la politique au coeur de l’enjeu électoral : En terme de programme électoral mais aussi et surtout en terme de volonté d’implication des citoyens dans la vie municipale pour faire de chaque commune gérée avec des communistes un relais des luttes et un obstacle qu’aura a rencontrer la bourgeoisie dans son entreprise de remodelage de la société.