Repères

Dans un monde en perpétuel mouvement, il est heureusement des choses immuables qui peuvent servir de repères aux âmes en déshérence que nous sommes.

Ainsi, l’Amérique se révèle toujours identique à elle-même, raciste, meurtrière, cynique et inhumaine. Le nègre Troy Davis a été assassiné après avoir attendu plus de vingt ans dans les couloirs de la mort de Georgie son exécution prononcée sur la base d’un procès truqué construit sur de faux témoignages.

Cela est rassurant et Mumia Abu Jamal peut dormir tranquille en attendant son exécution à Atlanta : son combat, celui des Black Panthers et de la communauté noire des États-Unis, noyé dans l’héroïne ces lointaines années 1970, est toujours d’actualité.

A mille lieux de l’image de champions de la liberté et de la démocratie qu’ils se proclament être, les « States » ont toujours été porteurs de guerre et de destruction, soutiens inconditionnels des pires dictatures qu’a connues notre planète dès lors qu’elles servent leurs intérêts.

Mais qu’elle se rassure, cela ne nous empêchera pas de boire du Coca Cola, de porter des Levi’s, de chausser des Converse, de manger du Mac Donald’s et de surfer sur de l’Apple…

Gott mit uns…

Tout va bien, Dieu est avec nous et son représentant sur terre est reçu dans les décombres de la république laïque avec les honneurs dus à son rang. Tapis rouge et flonflons pour l’ancien des jeunesses hitlériennes Ratzinger par le rejeton d’un noble hongrois ayant plus vite fuit les chars de l’armée Rouge qu’il n’avait du mettre de zèle à entrer en résistance contre l’envahisseur nazi.

Somme toute rien que de très cohérent en ces temps de prêche de nouvelles croisades au nom d’une lutte contre un terrorisme qui collerait à ces terres d’islam comme la glaise à nos sabots. Croisades au nom d’un bien cent fois revisité mais qui a de tout temps justifié en tout lieu les pires ignominies.

Quelle différence de fond entre des forces de l’OTAN bombardant des villages à titre de représailles dans des zones contrôlées par la guerilla des talibans et une colonne de la division Das Reich brûlant le village d’Oradour sur Glane au coeur de la “petite Russie” contrôlée par les terroristes de la résistance ?

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette lactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.

On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, Bah! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’oeil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il est sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, clinlquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.“

Discours sur le Colonialisme – Aimé Césaire – Présence Africaine (1955)

Immigré sans papiers, mon frère

J’aurais pu naître n’importe où, je n’ai choisi ni l’heure, ni l’endroit.

Quand j’entends Hortefeux, ministre des expulsions et de l’indignité nationale annoncer que des quotas de « reconduites aux frontières » sont mis en place et que l’ensemble des forces de police et de gendarmerie du territoire sont mobilisées sur cet objectif prioritaire j’ai tout d’abord le sentiment d’une immense honte.

Honte car ces images d’arrestation d’enfants, de femmes et d’hommes par les forces de l’ordre me renvoient, même si je sais que les temps ont changé et que ça n’est pas la même chose, l’image d’autres « rafles » d’enfants, de femmes et d’hommes par les mêmes forces d’un « ordre » qui se disait alors nouveau. Honte, car je me dis que les leçons de l’histoire semblent ne servir à rien et qu’il suffit de remplacer le juif par l’arabe ou le noir ou le chinois sans papier pour obtenir le même résultat et trouver un bouc émissaire à tous les malheurs du « bon » peuple (le chômage, le déficit des régimes sociaux, la baisse du pouvoir d’achat…) pour que la haute bourgeoisie puisse continuer sans soucis à mettre la nation en coupe réglée et à se rouler dans le luxe le plus éhonté. Honte, car on sait où commence la politique du bouc émissaire, mais qu’on ne sait jamais à quels torrents d’abjections elle peut nous mener.

J’ai honte et je pense alors à tous ces jeunes rencontrés au cours de mes périples au Maroc et qui ne voyaient d’autre perspective d’avenir que tenter sa chance clandestin en Europe. On a souvent l’image de ces bateaux surchargés abandonnés à la folie des courants de Gibraltar mais imagine-t-on ce qu’il faut de courage et de désespoir pour tenter pareille aventure ?

Au-delà de la réalité tragique de ces naufragés africains, l’immigration illégale est d’abord et avant tout un formidable trafic humain avec ses filières, ses caïds, ses victimes et ses bénéficiaires. Pour 3000 euros on vend au Maroc un contrat de travail de 3 mois qui permet d’obtenir un visa d’autant à l’issue duquel il est possible de tenter sa chance. Imagine–on le profit que fait l’esclavagiste qui fait venir de la main d’oeuvre travailler dans ses vergers ou sur ses chantiers en lui faisant payer comme rêve une somme supérieure à celle qu’il lui versera pour le travail réalisé ?

Conscient que le gouvernement de Sarkozy et de l’UMP n’œuvre pas pour l’intérêt national mais pour les intérêts particuliers de la grande bourgeoisie, on est en droit de se demander alors ce que cache la politique de quotas du sinistre Hortefeux.

Le nombre de clandestins est par essence difficile à évaluer, le Bureau International du Travail l’estime à un minimum de 400 000. Le nombre de 25 000 expulsions ne peut sérieusement apparaître comme une volonté d’en finir avec l’immigration illégale. Tout d’abord parce qu’en imaginant que le flux d’immigrants se tarisse il faudrait un minimum de 16 ans pour renvoyer dans leur pays d’origine tous les clandestins, et ensuite parce qu’il faut être complètement naïf pour croire qu’on puisse stopper ces flux poussés par la misère sans réduire considérablement l’écart de richesse et de développement qui nous sépare des pays du sud. Ce dont on ne prend absolument pas le chemin.

Dès lors quel sens peut bien avoir la politique gouvernementale autre qu’augmenter la pression sur les sans-papiers afin de les faire vivre toujours plus dans la peur, de les précariser toujours davantage et d’aggraver leurs conditions d’exploitation pour le plus grand profit de ceux qui les emploient, mais aussi pour faire pression sur les conditions de travail et les revenus de l’ensemble des salariés. En les désignant comme boucs émissaires et victimes les plus fragiles de sa politique de destruction des libertés publiques, le gouvernement UMP de Sarkozy indique à l’ensemble de la population que le développement d’une solidarité active avec les immigrants illégaux est une question centrale dans la résistance qu’elle a à lui mener.

Le monde du travail a tout à perdre à se laisser diviser en tranches, et le slogan qui clos le manifeste du parti communiste de 1848 n’a rien perdu de sa brûlante actualité : « prolétaires de tous les pays unissez-vous ».

Coup d’Etat Institutionnel : Interpelons nos parlementaires !

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Le 4 juillet par une procédure inique, le président de la République entame la procédure constitutionnelle lui permettant de faire adopter par voie parlementaire un traité européen reprenant l’ensemble des dispositions rejetées lors du référendum du 29 mai 2005 par le peuple de France.

Une majorité des 3/5 du congrès lui est nécessaire pour faire adopter les modifications constitutionnelles permettant ce véritable coup d’État constitutionnel. En appelant ses parlementaires à voter avec les députés godillots de l’UMP la direction du Parti Socialiste prend une très grande responsabilité : celle d’entériner le fait qu’au dessus de la décision souveraine du peuple de France il y a l’interprétation que fait un élu, fut-il le premier, des raisons qui l’ont fait élire .

Quand cet élu se fait payer ses vacances par Bolloré, rejeton d’un clan capitaliste deux fois centenaire passant des marchés avec la nation, et qu’il affiche ainsi ouvertement la collusion entre les grandes fortunes et le plus haut sommet de l’État, qu’il confond à ce niveau les intérêts de l’État et celui des grands capitalistes pour son plus grand profit personnel, c’est avec lui de haute trahison que se rendront coupable les parlementaires qui accepteront de voter sur ses ordres le 4 février à Versailles.

Versailles, lieu symbolique de toutes les trahisons…

Le 4 février il faudra que nous soyons le plus nombreux possible autour et dans les rues de France. C’est nécessaire, mais ça ne sera pas suffisant. Un à un il nous faudra gagner les députés et les sénateurs à s’engager publiquement à ne pas voter la modification constitutionnelle. Que ce soit au nom de sections ou de fédérations d’organisations politiques ou de syndicats, de collectifs de citoyens ou individuellement il nous faudra les interpeller publiquement en utilisant tous les supports possibles (presse locale, tracts, affichettes et/ou internet) pour qu’ils sachent que leur position personnelle sera connue, que la plus grande publicité en sera faite et qu’ils en seront tenus personnellement responsables devant et par leurs électeurs. C’est un travail de fourmis qui doit être réalisé dans l’urgence pour que le maximum de parlementaires rejoignent les 104 qui se sont à ce jour engagés publiquement à voter contre la réforme constitutionnelle.

Au boulot camarades, il y a urgence !

Parlementaires s’engageant contre le coup d’état.