Suicide

Lorsqu’il pressa la détente, il n’eut qu’à peine le temps d’esquisser un doute sur la pertinence de son acte. Il était déjà trop tard. La balle pénétra le cerveau en fracassant la mâchoire, y traça un sillon de fumée et ressorti, faisant basculer la tête en arrière et voler le crâne en éclats. Il s’affaissa et resta prostré sur sa chaise, figé dans l’équilibre douteux d’un ivrogne que le sommeil aurait pris là, par surprise devant son verre, mais sans l’abattre. Par l’enchantement de 30 grammes de métal propulsés avec fracas à la vitesse d’un supersonique, ses problèmes abolis, il pouvait enfin se laisser aller à ne plus penser à rien, bien que ne devant en tirer aucun autre soulagement que celui, fugace, qui avait immédiatement précédé l’instant précis où il avait perdu la vie. Le sentiment irrémédiable de la perte de tout ce qu’il avait été, il ne le sentirait jamais, laissant aux autres le soin de s’en accommoder. Avec sa dépouille il leur laissait ses différentes tenues de circonstances et n’emportait avec lui et dans le plus grand secret que l’essence de ce qu’il avait pu être, dans son intégrité.

Il y avait dans cet acte simple et définitif, le simple aveu d’une défaite.

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