Debouts pour demain

Depuis dimanche soir, l’hallali est lancé sur Jean-Luc Mélenchon. Le masque serait tombé et le vrai visage de la France Insoumise révélé au grand jour. En refusant d’appeler à voter pour Macron, il ferait le jeu du F-Haine et les populistes se retrouveraient dos à dos, sinon main dans la main, dans leur volonté commune de détruire notre démocratie.

Cette charge contre le porte-drapeau de la France Insoumise n’a pas commencé ce 23 avril au soir. Elle n’est que la poursuite de la formidable entreprise de diabolisation commencée durant la campagne du premier tour et qui n’a fait que gagner en puissance au fur et à mesure que le vote Mélenchon s’imposait dans des couches de plus en plus larges de la population, qu’il cristallisait le rejet des politiques libérales menées alternativement par le PS et l’UMP-LR et qu’il créait la possibilité de porter dans l’élection et dans les luttes à venir le débat sur le dépassement du capitalisme en tant que tel.

Le « spectre du communisme », régénéré et en phase avec les aspirations d’une grande partie de la population, revenait hanter les nuits de l’oligarchie qui croyait en être définitivement débarrassée et pouvoir continuer à régner sans partage sur nos sociétés. Le 23 avril, le principal crime de Jean-Luc Mélenchon fut d’avoir réuni sur son nom près de 20 % des suffrages exprimés sur la base d’un programme de rupture, fruit d’un travail collectif et approuvé par 7 millions d’électeurs.

Pour mesurer le caractère exceptionnel du travail effectué par la France Insoumise, il suffit de se rappeler qu’un tel score obtenu par une gauche de transformation radicale, cela n’était pas arrivé depuis un demi-siècle et les 21% obtenus par Jacques Duclos, candidat du PCF, à l’élection présidentielle de 1969.

Au-delà de l’élection présidentielle, tout doit donc être mis en place faire en sorte que l’élan de la France Insoumise se brise et que l’espoir qui a commencé à germer lors de cette campagne électorale inouïe reste sans lendemain. Tout est donc fait pour discréditer Jean-Luc Mélenchon qui est devenu, littéralement, un homme à abattre. L’acharnement de la médiacratie et de la caste politico-libérale à son encontre ne peut que nous conforter dans la pertinence de notre engagement et la nécessité à continuer le travail entrepris dans la France Insoumise.

Depuis dimanche soir, l’élection présidentielle se résumerait donc à choisir entre la démocratie, représentée par Macron, et le fascisme, représenté par Le Pen. S’il est avéré que le FN est un parti d’extrême droite, véhiculant une idéologie fasciste et dangereuse, il est tout à fait illusoire d’imaginer que son concurrent puisse être un quelconque rempart contre celui-ci.

Macron est une créature construite par l’action conjointe de décideurs libéraux, de publicitaires et de la direction d’un PS acquis au libéralisme et, pour cette raison, lâché par des franges de plus en plus larges de son électorat. Lui et son mouvement « En Marche ! » ont été conçus pour continuer et amplifier le remodelage libéral de la société et accélérer la casse des droits sociaux acquis de haute lutte par notre peuple. Ils pourront le faire d’autant plus librement qu’il arrivera au pouvoir sans être encombré par un socle militant ayant un quelconque ancrage social dans la population française.

Le score de Macron n’est imputable qu’au rejet du PS et de l’UMP-LR, ceux-ci étant assimilés aux dégâts des politiques libérales qu’ils ont mises en œuvre, rejet aggravé par les multiples faits de corruption auxquels ils ont été associés. Sa qualification s’apparente à un coup de marketing. La faible adhésion de l’électorat à ses thèses libérales était prévisible et un sacre populaire au second tour rendu nécessaire pour asseoir sa légitimité. Qui d’autre pouvait le lui offrir sinon le traditionnel épouvantail F-Haine ? Le coup avait si bien réussi à Chirac en 2002.

Comprendre que Macron ne peut être et ne sera pas un rempart contre le fascisme nécessite de se rappeler que le fascisme n’est pas le fruit d’un positionnement moral d’individus dérangés, mais qu’il est intrinsèquement lié aux spasmes du capitalisme en lutte pour sa survie.

Les méthodes mises en œuvre par le fascisme ne lui sont pas propres. Entre le mitraillage des communards dans les forts de Paris en 1871 ou la répression de la manifestation des algériens à Paris le 17 octobre 1961 et les régimes fascistes mis en place à travers le monde depuis le Paraguay à la fin du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui, il n’y a qu’une différence d’échelle.

Le fascisme n’est que la généralisation à l’ensemble de la société des méthodes appliquées « ponctuellement » par les régimes capitalistes « démocratiques » pour résoudre des situations de crises ponctuelles et localisées menaçant les intérêts de l’oligarchie. Que le nazisme soit la forme la plus violente et la plus aboutie de fascisme ne doit pas nous surprendre. L’enjeu était de taille. Il s’agissait alors de mettre hors d’état de nuire un parti communiste allemand fort de 3 millions de membres et de préparer une guerre susceptible de mettre fin à l’aventure soviétique qui menaçait de se répandre à l’Europe.

Appeler à voter Macron pour faire barrage à Le Pen est doublement contre-productif. Tout d’abord en lui offrant un sacre populaire, on légitime à priori, qu’on le veuille ou non, son action politique à venir. Or celle-ci n’a d’autre but que de renforcer le pouvoir du capital et d’élargir la fracture sociale. On alimente ensuite le discours du Front National qui se présente comme la seule opposition véritable à un soit-disant système, système dont les défenseurs se dévoileraient en faisant « Front Républicain » pour l’empêcher d’arriver au pouvoir.

Il n’y a pas aujourd’hui en France de risque de mise en place d’un fascisme dirigé par le Front National. Le champion du libéralisme sera confortablement élu, que les Insoumis votent Macron, qu’ils s’abstiennent ou qu’ils votent blanc. En s’associant à un front républicain avec une classe politique discréditée, la France Insoumise s’y retrouverait assimilée pour nombre de citoyens et alimenterait la pénétration des idées de haine et de xénophobie parmi les victimes de la politique libérale que va accentuer le gouvernement à venir.

Dans ce contexte, appeler à voter Macron serait une erreur, peut être même une faute politique et ne servirait qu’à brouiller les cartes. Un positionnement clair contre le vote FN, rappelant sa nature raciste et xénophobe, mais laissant chacun libre de son choix dans la clarté des enjeux à venir, est la seule position constructive pour l’avenir.

Le fascisme ne se combat pas en mettant un bulletin dans l’urne, mais en créant et en faisant vivre la perspective concrète d’un changement de société. Cette perspective a porté haut et fort notre campagne des présidentielles, il est primordial de maintenant l’enraciner durablement dans la société française pour la faire croitre et germer. Une société nouvelle, solidaire et fraternelle est à portée de lutte.

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