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Mai 1989

Cette musique qui tourne en boucle sur le poste de radio et dans ma tête pendant que la route défile en corniche le long de ces falaises tourmentées qui déchirent le plateau calcaire en profondes cicatrices qui louvoient entre vignes et oliviers.

J’avançais tête en l’air, accompagné d’un Higelin complice des états d’âme tourmentés de ce printemps de déchirements et de rage où tout semblait s’être brisé sans chercher encore à se recristalliser, et ce vent doux de mai à l’odeur prégnante de thym semblait caresser la garrigue

Il avait la légèreté d’un sourire et la clarté vive d’un regard.

Retour à Toulouse. Une rencontre, fortuite ou non, sur le campus,  quelques mots échangés dont je ne me souviens pas et ce sentiment diffus et inattendu d’être passé à côté de quelqu’un, de quelque chose qui aurait pu s’avérer précieux.

De tout cela il ne devait rester qu’une impression, tenace, un nom et les traits d’un visage qui allaient, lentement, s’éloigner dans les méandres de la mémoire.

Ils n’en remonteraient de loin en loin, sensation douce et fragile, qu’à l’occasion d’une musique ou d’un passage dans ces vignes, avec la patine un peu nostalgique des choses tendres, de ces rencontres fugaces qui pourtant, parfois, nous portent le passage d’un gué et qui par là nous fondent.

L’été arriverait bien vite avec son lot de nouvelles rencontres. Verdon, Collias, Seynes, et Pyrénées comme autant d’étapes d’une fuite en avant à la poursuite de chimères : grimper, grimper encore, grimper toujours, comme une ancre fidèle empêchant de partir à la dérive.

Et la vie à nouveau sur ses rails, une année, puis une autre et encore une autre, chacune avec ses lots de fractures, de bonheurs, avec ses élans et ses renoncements…

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