Adieu

Ainsi l’on peut partir, dans le froid silence d’une chambre d’hôpital, la première heure de l’été, en marge d’une ile de la Méditerranée. J’imagine et j’espère qu’en ces derniers instants où ton corps et ton cœur fatigués rendaient les armes, dans le flou peuplé d’ombres qui t’entourait peut-être, est parvenu à tes narines cette fragance si forte des maquis, ce subtil mélange où se mêlent le thym et les genets, le genièvre et le romarin. Une dernière bouffée de vie, dérisoire et futile comme l’on boirait un dernier coup, « pour la route ». Et quelle route…

On a beau se dire que la souffrance et la maladie, tous ces prétextes qui font que, oui, l’on se prépare à… La mort reste la mort avec son goût d’irréparable et cette absence, irrémédiable, qui s’attache à ses pas. Toutes ces excuses que l’on se donne pour en atténuer la violence ne sont en fait que des leurres qui ne pourront jamais me faire oublier l’incroyable somme des choses que tu emmènes avec toi, et dont nous restons des vestiges muets, quand bien même nous passerions une vie à le crier.

Alors la tristesse qui m’envahit aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que nous avons vécu ensemble, de bien trop courts moments au final, dispersés et peuplés de silences. La tristesse qui m’envahit aujourd’hui est celle de perdre un grand père que je n’aurais pas eu la chance de mieux connaître, de mieux aimer…

Repose en paix.

Pierre Eprinchard 6/1/1916-21/6/2010

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