Ça glisse sur la grande Rigaudie…

Ça y est ils l’ont installée. L’association des commerçants de Sarlat et fer de lance de l’équipe municipale en place offre généreusement aux habitants de la ville une patinoire pour la durée des fêtes. Installée sur une place de la grande Rigaudie vidée de ses voitures aux immatriculations lointaines, les enfants de la petite bourgeoisie Sarladaise vont pouvoir s’adonner en bonne compagnie aux joies du patinage sur glace. A 4 euros le ticket de 50 minutes, sûr que les gamins des HLM de la Brande ne vont pas venir s’y bousculer pour de longues après-midi de glisse. Mais il est vrai que-ceux là n’ont qu’à attendre que les étangs des environs ne gèlent.

C’est donc une semaine sociale riche qui s’achève à Sarlat. Celle-ci avait commencée mercredi par l’arbre de Noël des services sociaux de la Mairie. Après un enquiquinant spectacle au cours duquel des enfants éteints n’arrivaient pas à retrouver l’air du « petit papa noël » (à tel point qu’on était en droit de se demander à quoi servait leur professeur) celui-ci, ventripotent vieillard revêtu de son uniforme coca-cola, faisait son apparition pour la grande joie des petits mais surtout des plus grands. Un cadeau pour chacun dans la joie et la bonne humeur générale, Sarlat est une ville où il fait décidément bon vivre et nul doute que le patron du Jouet-Club cotise à l’association des commerçants.

Mauvaise rencontre dominicale

La Traverse

La traverse de Sarlat est un sillon dans la vieille ville que le XIXème siècle a découpé comme d’un coup de couteau du faubourg de l’Endrevie au nord à la Grande Rigaudie au sud. Cette rue de la république tracée sous le règne de Louis-Philipe et prolongée au sud par l’avenue du nabot Thiers, boucher des républicains de la Commune de Paris, avait pris ce matin l’espace d’un instant des airs de rue de république bananière. On a en effet pu y croiser, guidé par le maire de Sarlat, le nobliau de Peretti, tout un troupeau de forbans de l’U.M.P. en goguette se rendant du centre culturel Paul Eluard vers l’ancien évêché : tout un symbole. Parmi ceux-ci plastronnait, en chef de gang, l’ancien ministre des privatisations et du vol du patrimoine national de 1986 à 1988, ancien premier ministre en terre de chiraquie à l’issue du formidable mouvement social de novembre-décembre 1995, j’ai nommé Alain Juppé lui-même. La réélection de celui-ci au premier tour comme maire de Bordeaux après un exil consécutif à sa condamnation comme président d’un R.P.R. pris la main dans le sac à se remplir les poches de l’argent public est symptomatique de l’état de déliquescence de notre république.

Tout ceci nous ramène à l’actualité politique de la semaine qui s’est achevée. Après les élections internes P.S. de la semaine précédente, c’est le second étage de la fusée Sarkolène Ségozy qui a été mis en orbite jeudi. Le grand jeu est enfin prêt, les grandes lignes sont dessinées. Ségo et Sarko chassent ensemble sur les terres des phobies sécuritaires pour le plus grand profit d’un Le Pen en embuscade. Chacun va s’appuyer sur le spectre du 21 avril pour tenter d’imposer dans son camp un réflexe de vote utile en sa faveur, en espérant sans l’avouer se retrouver au second tour face à un Le Pen lui assurant par un réflexe républicain une élection haut la main. Brave pitbull que ce bon vieux Jean-Marie qui permet à des forces politiques décrédibilisées de s’assurer des victoires électorales avec des résultats dignes des bonnes vieilles démocraties populaires. Tout ça pour le plus grand profit de ces bonnes vieilles bourgeoisies qui ne voient plus, à aucun des moments forts de ce qui devrait être le jeu politique, leurs pouvoirs sans partage remis en cause.

C’est que cela fait longtemps que de jeu, le politique s’est transformé en farce. Et que de citoyens on s’évertue à nous transformer en dindons. Ce qui ne semble pas réussir trop mal, comme peut nous le rappeler croiser un Juppé tête haute dans la rue de la République de la capitale d’une vieille terre de croquants, qui sut en son temps porter haut et fort les valeurs citoyennes.

Espérons qu’à l’instar du 29 mai 2005, ces jeux que l’on dit courus d’avance ne nous réservent quelque bonne surprise. Mais nous devrions avoir l’occasion d’en reparler.

En guise d’introduction…

A la ville de Sarlat

Mercredi, jour de marché sur la place de Sarlat.

Les hordes de touristes ont reflué vers leurs mystérieux havres d’hivernage et hormis de rares anglo-saxons égarés ça et là tout est normal. La place est quasi déserte et Sarlat s’apprête à s’enfoncer dans sa torpeur hivernale. Le festival du cinéma terminé et les cohortes de lycéens boutonneux et badgés qui l’accompagnent évaporées, lentement, inexorablement, avec la fatalité d’un Titanic ayant embrassé son Iceberg, Sarlat s’enfonce dans sa torpeur toute hivernale.

Dire qu’il va falloir survivre une fois de plus au lent égrenage de ces jours si courts dans la grisaille des crachins froids ou dans la lumière tranchante des petits matins de givre par dessus les brumes de la vallée.

Dordogne, le va-et-vient des fausses gabarres s’est arrêté et tu es revenue, l’espace d’une saison, à la rame calme et leste d’un pêcheur guidant sa barque au jeu de tes courants.
Ici, l’hiver, tout semble ce qu’il a toujours semblé. Sauf peut-être : un peu moins de paysans, un peu plus de vieux (et pourtant il en meurt tout le temps et il n’en naît jamais) et les ouvriers sont petit-à-petit remplacés par des chômeurs au gré des fermetures d’usines. Tout va bien et pourtant, malgré la Corrèze toute proche, il y a comme un léger parfum de fin de règne dans cette Chiraquie vieillissante. Pas ce frais parfum d’humus qui annonce le cèpe et la girolle, non non. Plutôt le parfum putride de ces vases croupissantes que vient réveiller la botte en s’en extirpant, dans le fond d’une combe fangeuse à l’ombre d’un sous-bois.

Sarlat est un point fixe dans un monde en mouvement. C’est un observatoire apparemment détaché du monde qui l’entoure mais dont les soubresauts l’effleurent à la manière d’une pierre ricochant à la surface de sa rivière, ne laissant derrière elle que des vagues éphémère que la mémoire du courant emporte, peut-être, jusqu’à la mer.