De l’amour et de la naissance du monde…

Si, appuyé sur l’épaule de celle que j’aime je vois, disons, la paix du soir sur un lieu montagnard, la prairie d’un vert doré, l’ombre des arbres, les moutons au museau noir immobiles derrière les rochers, et que je sais, non par son visage, mais dans le monde même tel qu’il est, que celle que j’aime voit le même monde, et que cette identité fait partie du monde, et que l’amour est justement, en ce moment même, ce paradoxe d’une différence identique, alors l’amour existe, et promet d’exister encore.

C’est qu’elle et moi sommes incorporés à cet unique Sujet, le Sujet d’amour qui traite le déploiement du monde à travers le prisme de notre différence, en sorte que ce monde advient, qu’il nait, au lieu de n’être que ce qui remplit mon regard personnel.

L’amour est toujours la possibilité d’assister à la naissance du monde.

La naissance d’un enfant, si elle est dans l’amour, est du reste un des exemples de cette possibilité.


(Alain Badiou – Eloge de l’amour)

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